Pourquoi Élisabeth de Hongrie est-elle reconnue sainte ?

Sainte Elisabeth a aimé le Seigneur passionnément. Elle se relève la nuit pour prier. Elle n’hésite pas, par tout temps, à descendre le chemin escarpé qui mène du château de la Warburg à Eisenach afin de se rendre à la messe. Lorsqu’on relit sa vie, on y voit un amour fou de Dieu. Elle ressemble en cela à saint François, son contemporain. Elle se dépouille de toute richesses par amour de Dieu. Elle veut lui laisser toute la place. Elle vit une grande union à Dieu. Ceci se manifeste également dans ses relations aux autres et en particulier dans certaines visions.

En effet, en son époux elle voit le Christ. Elle l’aime avec autant de passion. Et il le lui rend bien ! Elle lui est très unie et il partage avec elle sa prière (même nocturne) et son engagement au service des pauvres. Ensemble, ils accomplissent de manière excellente le projet de Dieu sur le couple humain. C’est certainement ce qui a été le moins mis en valeur dans la vie de sainte Elisabeth. On a même été jusqu’à noircir Louis. Jean Paul II, dans son désir de proposer des couples chrétiens en exemple aux fidèles, aurait certainement aussi canonisé Louis s’il avait été pape à la place de Grégoire ! Sainte Elisabeth s’accomplit parfaitement en tant qu’épouse. Elle vit l’idéal d’union à son époux au sein de sa communion au Christ.

Il en est de même pour son amour des pauvres et des malades. Elisabeth leur donne tous ses biens, non par refus de sa condition de princesse, mais au nom de son amour pour eux. Comblée de richesses face aux nécessités, face à la pauvreté et à la famine, elle donne tout pour que les autres aient le nécessaire. Elle répond ainsi au commandement du Seigneur. Dans ceux qu’elle sert, elle voit le Christ souffrant. Le lépreux couché dans son lit apparaît sous les traits du Christ. Elle vit à la lettre le service des pauvres qui est celui de Jésus lui-même.

Ainsi donc, si Elisabeth est sainte, c’est bien parce qu’elle a aimé. Elle a aimé à la folie Dieu, Louis et les pauvres. Dès son plus jeune âge, elle a ouvert son cœur à l’amour et finalement nul n’a pu y résister. Après avoir étonnés, voir scandalisés certains de ses contemporains, elle est reconnue comme sainte dès sa mort.

À La suite d’Elisabeth et de tous les saints que nous célébrons, devenons tous des saints ! C’est cela que le Christ veut pour nous lorsqu’il nous dit « soyez parfait comme votre père des cieux est parfait ! » C’est l’amour qu’il veut pour nous dans l’éternité.


Quel enseignement tirer aujourd'hui de sa vie ?

Sainte Elisabeth a vécu au Moyen Age. Sa vie pourrait, donc, ne pas présenter beaucoup d’intérêt pour nous. Or il n’en est rien.

D’abord Sainte Elisabeth est une sainte qui, d’une certaine façon, a participé à la construction de l’Europe chrétienne. En effet, si elle est peu connue en France et dans les pays latins il n’en est pas de même dans les pays germaniques où de nombreuses œuvres d’arts et des églises lui sont consacrées. Elle a même suscité des œuvres musicales, un lied (que nous chantons en cette fête dans une adaptation de notre organiste Christophe d’Alessandro) et un opéra de Wagner. Si elle a été choisie comme patronne de notre église c’est parce qu’elle est la patronne du Tiers ordre franciscain et que notre église a été chapelle de religieuses franciscaines.

Cela montre que sainte Elisabeth a été reconnue comme une des figures principales de la famille du poverello d’Assise. Elle a, en effet, été séduite par l’idéal de pauvreté de saint François, comme Saint Louis d’ailleurs. Cet idéal de pauvreté est toujours et plus que jamais d’actualité. Sainte Elisabeth parvient à épouser Dame Pauvreté tout en restant l’épouse aimante du duc de Thuringe. Voilà qui est intéressant pour nous!

En effet Sainte Elisabeth est une épouse comblée, follement amoureuse de son époux pour lequel elle accepte de porter ses plus beaux atours de princesse ; mais dès qu’elle est seule, elle s’habille très pauvrement. Elle se dévoue également au service des pauvres jusqu’à l’épuisement. Elle donne littéralement sa vie à la suite du Christ. Au cœur de notre monde toujours soucieux du paraître, Sainte Elisabeth nous montre le chemin de l’essentiel, celui de l’amour. Le paraître doit être motivé par le désir de faire plaisir, le désir de montrer son amour. Quant à la vie quotidienne, elle doit être marquée par la simplicité et, même au cœur d’un palais, une vie austère peut être vécue.

Alors, nous qui vivons dans une société repue, essayons d’entendre cet appel à la pauvreté que nous lance notre sainte patronne à travers les siècles. Séduits par la personnalité de Saint François mais peut être désarçonnés par sa vie monastique, laissons-nous entraîner par celle qui, au milieu de son peuple, a répondu à sa vocation de baptisée, recevant la Béatitude : « Heureux les pauvres de cœurs ils seront appelés fils de Dieu ! »